Le Casino de Luchon. Un peu d’histoire

 

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LES HEURES BRILLANTES DU CASINO DE LUCHON *

Souhaité par le maire Charles TRON, construit par l'architecte luchonnais CASTEX à l'image de celui de Monte-Carlo créé en 1863 et dont la prospérité faisait envie, le casino municipal de Luchon fut inauguré le dimanche 15 Août 1880. Cette journée inaugurale fut marquée par la présence du maire Edouard AZEMAR, du député Charles TRON, de deux sénateurs accueillis par Monsieur SICRE DU BREUIL, premier directeur.

Ajoutons que, pour la première fois, la fée électricité apparaissait dans ce casino alors que Luchon était encore éclairé au gaz ! Le soir même c'était au tour du théâtre Napoléon III (en fait seul le magnifique lustre l'éclairant de mille feux datait du Second Empire) où se distinguait un orchestre de soixante-trois exécutants dirigés par le maestro Edouard BROUSTET, interprétant la Marche des Troyens, le ténor étant Pedro GAILHARD tandis que, dans la salle, applaudissaient trois cent trente « dilettanti » dont…Georges CLEMENCEAU.

D'une longueur de cent mètres, la façade de ce casino « Belle Epoque » était dominée par une loggia florentine d'où l'on pouvait jouir du splendide panorama offert par le massif de Vénasque en toile de fond.

Accessible par un bel escalier de seize marches en pierre du pays (déplacé pour accéder à la mairie en 1935), ce casino renfermait des salles de concerts, de bal, de jeux, de lecture et un café-restaurant réputé depuis qu'il avait été dirigé en 1904 par le célèbre restaurateur Henri NEGRESCO.

UN THEATRE  « BELLE EPOQUE »

Le casino était très apprécié pour son charmant petit théâtre coquettement décoré. Là, pendant des décennies, vont se succéder de nombreuses troupes lyriques et théâtrales de grand renom interprétant chaque saison les meilleures pièces du répertoire des meilleures œuvres parisiennes, dont celles d'Edmond ROSTAND et d'Henry DE GORSSE ainsi que des opéras, des opérettes, des concerts, des ballets dirigés par BROUSTET puis par CAHUZAC et ETCHEVERY, tous chefs prestigieux.

Quant aux célébrités du spectacle comme le ténor Pedro GAILHARD, Caroline OTERO – directrice du casino de Luchon lors de l'été 1911 après l'avoir été l'hiver à celui de Monte-Carlo -, Cécile SOREL, Saturnin FABRE, Jean WEBER, Suzy PRIM, sans oublier Henri PAC – alias Max ELVY, enfant du pays qui étaient régulièrement applaudies par des personnalités comme Vincent AURIOL, Sacha GUITRY, le Bey de Tunis, le Sultan du Maroc, le roi Léopold II ou encore le prince Louis II de Monaco faisant de la comédienne Ghislaine… une princesse puisqu'il l'épousera grâce au Casino de Luchon !

Nombreuses furent les brillantes saisons estivales de ce casino « Belle Epoque », faisant de Luchon une ville des plaisirs et de la gaieté. On ne peut passer sous silence au moins trois de celles-ci :

Celle de 1889 où triompha la première Fête des Fleurs officielle ayant pour berceau le parc du casino et où la troupe lyrique interpréta un brillant répertoire avec Rigoletto, la Traviata, le Barbier de Séville.

Celle de 1911, sauvée par la Belle Otéro qui, chaque semaine, se produisit à la tête de son orchestre tzigane et qui, danseuse au tempérament de feu, s'accompagnant de ses castagnettes, exécuta des flamencos endiablés jusqu'au petit matin.

Celle de 1912 où une fête somptueuse fut dévolue à l'inauguration du 17 août de la « crémaillère » de Superbagnères, et dont l'apothéose fut La Nuit des Walpurgis dansée à ravir par tout le corps de ballet !

UN PARC ROMANTIQUE

Quant au parc de quatre hectares, il avait été dessiné par le paysagiste CHEVALIER qui n'était autre que celui des jardins du casino de Monte-Carlo ! on y pénétrait par quatre entrées, la garde en étant confiée à une escouade de cinq anciens grenadiers, en uniforme et képi militaire, gants blancs et épée au côté ! Planté de très belles espèces, ce parc était agrémenté d'un petit lac alimenté par un jet d'eau et les chutes de la grotte, pièces heureusement conservées – chaque soir éclairés par une rutilante lumière électrique !

1929 : LE NOUVEAU CASINO

Malheureusement vint la crise économique ! Un nouveau contrat fut établi entre la Ville et la Société fermière du Casino dirigée par Oscar DUFRENNE. Des économies draconiennes durent être réalisées, dont la réduction de l'orchestre de soixante à vingt-cinq musiciens et la suppression de la troupe théâtrale fixe. Par ailleurs, jugeant le casino démodé et peu rationnel pour les jeux, le nouveau directeur persuada le maire de remodeler le casino : c'est ainsi que la monumentale loggia fut démolie à coup de dynamite et les terrasses fermées par la verrière en façade. Tous ces travaux de « rénovation » coûtèrent un million de francs dont la moitié à la charge de la Ville et furent réalisés par l'architecte Henri MARTIN.

Le 29 juin 1929 eut lieu la deuxième inauguration du casino, pas aussi fastueuse cependant que la première !

LES ANNEES FOLLES

Malgré des moyens plus réduits on s'efforcera au cours des « Années Folles » de donner quelques représentations de qualité : concerts dirigés par Henri BUSSER, Festival Wagner par Louis CAHUZAC, représentations chorégraphiques tels les Ballets Russes de Nemchinova – ou encore comédies de Louis VERNEUIL ou de Sacha GUITRY.

N'oublions pas l'année 1935 : le 25 juin la salle du théâtre est transformée pour la première fois en … cinéma parlant ! A l'affiche, le film « Maquillage » avec le célèbre acteur SAINT-GRANIER, film qui provoque stupéfaction et enthousiasme des spectateurs habitués au « muet » Mais également, le 1er juillet, l'ouverture totale des jeux dont la fameuse « roulette » de Monte-Carlo !

L'ERE DE PIERRE LAURET

Mais les directeurs se suivent et… rien ne va plus ! Mais voilà que, comme un coup de baguette magique, le 15 mars 1937 un sauveur est trouvé : Pierre LAURET ! Enfant du pays, homme de théâtre bien connu des scènes parisiennes, il a toute compétence pour redresser la situation. Il rénove casino, parc et théâtre, engage une troupe sédentaire, écrit des pièces charmantes telle « Vénasque » , anime le dancing d'un célèbre orchestre de jazz grâce à Harry PARSONS des Folies Bergères. Sans compter les feux d'artifice donnés dans le parc chaque dimanche soir. Ou encore les opérettes charmantes interprétées par les artistes lyriques de Paris ou du Capitole.

A part l'interruption due à la guerre, ce tourbillon de fêtes et de représentations se poursuivra jusqu'en 1955 grâce à Pierre LAURET, homme orchestre ayant su faire du casino un lieu « qui veut plaire et toucher ».

Depuis lors, malgré des efforts méritoires, le casino allait ensuite hélas décliner, surtout dans les dernières années, malgré l'établissement de machines à sous en 1991, et les efforts des derniers directeurs. La baisse du nombre de curistes, le changement de clientèle, la hausse des prélèvements et des charges fiscales ont sûrement contribué à la première fermeture du 24 mai 2011, puis malgré une incomplète reprise, à celle de 2013.

Toute station balnéaire ou thermale digne de ce nom se doit en toute logique de posséder un casino pour l'agrément des touristes et curistes. Les moyens de faire revivre le casino de Luchon pourront sûrement se trouver au cours, par exemple, de débats publics.

Puissent les succès remportés jadis par cet établissement magique permettre de croire en de nouvelles années fastueuses pour notre cité thermale !

Jacques BERGEON

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