LES HEURES BRILLANTES DE LA CHAUMIERE

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C'est avec plaisir que nous reproduisons ci-dessous pour nos lecteurs l'article extrait de l'ouvrage de Jacques Bergeon : « Les Heures Brillantes de Luchon » consacré à l'histoire de la Chaumière et de son funiculaire, haut-lieu du patrimoine luchonnais de la Belle Epoque où se donnaient rendez-vous les personnalités de renom et qui était alors comparé à un palais des Mille et Une Nuits…

Deux promoteurs : les frères Estradère

L'idée de transformer le modeste établissement de restauration créé par D. Dosset en 1860, à 150 mètres au dessus du parc thermal, revient au docteur Joachim ESTRADERE (1833-1949), médecin réputé des Thermes et connu pour son idée, à l'image de la Suisse, de « machiner » les sites montagnards autour de Luchon au moyen de « righi » – chemins de fer à crémaillère – pour établir des stations « climatériques ».

D'où la volonté de ce grand Luchonnais, en faisant l'acquisition de la Chaumière, d'y construire un luxueux établissement accessible par un « ascenseur-funiculaire » dans lequel il voyait l'amorce d'une grande liaison avec le plateau de Superbagnères !

Dans ce but il s'associe avec le banquier parisien Lucien Cahn et, dès avril 1892, les travaux de ce vaste chantier sont entrepris. Mais hélas des glissements de terrain et la faillite du banquier viennent interrompre les travaux ! Qu'à cela ne tienne ! Déterminé, Joachim trouve un nouvel associé en la personne de son frère Gabriel (1836-1908), ingénieur civil ayant acquis une certaine aisance dans les mines du Mexique. Et de plus n'est-il pas le mari de la princesse Luisa, pour laquelle il vient de faire construire la belle villa qui porte son nom, et qui est la cousine germaine d'Alice Heine, épouse d'Albert 1er de Monaco ?

C'est en grande pompe que l'hôtel-restaurant de la Chaumière est donc inauguré le 1er septembre 1893, mais, contrairement à Superbagnères, avant l'achèvement du funiculaire, par « l'Amicale des Becs Salés et des Durs à Cuire », confrérie de 70 chefs cuisiniers que compte alors Luchon ! Montés sur les célèbres petits ânes de Saint-Mamet, ils forment un cortège pour s'élancer, éclairés de lanternes vénitiennes et de feux de Bengale, par les lacets du Bosquet vers la Chaumière. Là, dans la magnifique salle vitrée, Henri Laffont, premier directeur, leur offrira un succulent dîner suivi d'un bal aux accords d'un orchestre endiablé tandis que les convives « respiraient l'air pur de la nuit en contemplant le superbe panorama de Luchon, joli à voir par un beau clair de lune » !

Le funiculaire hydraulique : premier « righi » des Pyrénées ! (1894-1954)

Quant au funiculaire – appelé improprement « righi », du nom du premier chemin de fer à crémaillère construit en Suisse – il sera, après quelques avatars, ouvert au public le 14 juillet 1894. La ligne, longue de 300 mètres, était composée de deux voies enchevêtrées se dédoublant au milieu du parcours, chacune des deux voitures roulant sur sa voie propre. La jolie station inférieure, ornementée de belles céramiques, située à 643 mètres d'altitude, dominait le lac des Quinconces, est toujours visible de nos jours mais hélas en piteux état ! Là, la voiture inférieure déversait l'eau qui avait servi de contrepoids

au véhicule montant qui atteignait la station supérieure, à 781 mètres d'altitude, après un « voyage » de quatre minutes !

Dès son ouverture le funiculaire est pris d'assaut « par une nombreuse et élégante société qui éprouve le plus grand plaisir d'ascensionner à la plus agréable et à la plus en vogue des attractions luchonnaises ». Arrivés sur la terrasse de plein air les voyageurs étaient séduits par « le panorama splendide, l'atmosphère pure, la bise parfumée, le cadre merveilleux, le luxe des détails, l'aspect grandiose de l'ensemble ».

Tout ce cadre en un mot, et jusqu'aux vins exquis que l'on boit dans ce lieu magique « est de nature à troubler l'esprit et à provoquer l'expansion des sentiments, surtout si l'on se trouve en compagnie d'une jeune et jolie femme. Hourrah pour la Chaumière et son funiculaire ! » pouvait s'écrier le chroniqueur de l'époque !

Grands directeurs et fêtes prestigieuses

Funiculaire et hôtel-restaurant seront dorénavant ouverts chaque saison de la mi-juin à fin septembre. Du moins en a décidé ainsi le nouveau directeur qui, en 1896, va présider aux destinées de la Chaumière. Celui-ci ,n'est autre qu'un Monégasque du nom de Voiron, premier d'une longue série de directeurs des palaces de la principauté venant diriger ceux de Luchon, complémentaires de ceux de la Côte d'Azur qui ne connaît alors qu'une saison d'hiver. Déjà propriétaire du « Savoy-Hôtel » de Monte-Carlo Voiron arrive à Luchon précédé d'une flatteuse réputation et sa grande compétence fera de lui non seulement le directeur de la Chaumière mais aussi le restaurateur hors pair du Casino de Luchon !

Puis lui succède le « Maréchal » Pélissier, déjà créateur à Nice du « Sun-Hôtel-Luchon-Palace » et du «  Continental » à Luchon. A la Chaumière il va se montrer un excellent dispensateur des plaisirs et des fêtes, transformant l'établissement en palais enchanté où seront reçues altesses royales et personnalités de haut rang. Une fête somptueuse restera longtemps dans les mémoires : celle du dimanche 20 août 1900 déroulée en présence du prince Henri d'Orléans. Cette fête sera en effet marquée par des salves d'artillerie, un déjeuner d'une haute gastronomie agrémenté par l'orchestre de Toulouse dirigé par le maître Paul Rives, et pour finale un embrasement « a giorno » !

La saison de 1911 va être l'apothéose de ce palais enchanteur avec la présence de la Belle Otéro (1863-1965). Elle arrive à Luchon, précédée d'une réputation sulfureuse, au bras de Robert de Montesquiou, artiste-poête, lointain cousin de d'Artagnan. Directeur du Casino de Luchon, cette star de la Belle Epoque va se produire à la Chaumière devant un public choisi – dames en robes de soirées , messieurs en smoking – et médusé ! Parée de diamants, de perles fines, de topazes, impérieuse, provocante, elle va, s'accompagnant de ses castagnettes, exécuter d'étourdissants flamencos ponctués de danses lascives, puis des numéros de danses endiablées aux sons d'un orchestre tsigane jusqu'au petit matin !

Décadence et fin obscure : le funiculaire électrique (1955-1969)

Cette saison 1911 sera le chant du cygne de la Chaumière ! Vinrent la Grande puis la Seconde Guerre mondiales lesquelles provoquèrent la fuite de la clientèle aisée. Le coup de grâce sera donné en 1954 avec la suppression du funiculaire hydraulique qui, à bout de souffle, perdait l'eau de ses cuves corrodées – ce qui entraînait des arrêts des voitures en plein parcours au grand effroi des passagers ! Le funiculaire « rétro » fut donc remplacé en 1955 par deux modestes cabines électriques ayant peu d'attrait.

Malgré les efforts méritoires du dernier exploitant la pérennité de la Chaumière devenait donc problématique. Rien cependant ne laissait prévoir que le dimanche 28 septembre 1969 marquerait la fermeture définitive de l'établissement. En effet, en février 1970, le mur de soutènement de l'hôtel, miné par des infiltrations, s'effondre, interdisant toute reprise d'activité. Pire, le 14 juin 1977 un violent incendie – d'origine bizarre ! – se déclare dans l'hôtel, ne laissant qu'un champ de ruines !

Seul vestige digne de ce nom, la petite station inférieure demeure, abandonnée, cachée au-dessus du parc thermal, un peu plus vandalisée chaque année. Cette dernière représentante de ce qui fut un des hauts lieux du patrimoine luchonnais ne mériterait-elle pas d'être sauvegardée pour devenir par exemple un lieu d'accueil à vocation touristique ?

Construite à l'origine par l'époux d'une princesse, un prince charmant réveillera-t-il un jour la belle endormie ?

Jacques BERGEON

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